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Retour sur les 6ème Etats Généraux des RIP

publié le 15 mars 2017

En février 2013, la France s’est engagée dans le déploiement du Très Haut Débit avec pour objectif le THD sur l’ensemble du territoire d’ici 2022. Fin 2016, 50% de la population accède déjà au Très Haut Débit. Ce constat prend en compte aussi bien les espaces urbains, équipés sous la seule initiative privée, que les territoires « peu denses » où se déploient les Réseaux d’Initiative Publique (RIP), objets du Programme France Très Haut Débit et représentant un investissement partagé entre Etat, Collectivités et Opérateurs de 20 milliards d’euros.
Ainsi, face aux OCEN (opérateurs commerciaux d’envergure nationale) qui fournissent infrastructure et service voire contenus – Orange, SFR, Free et Bouygues – et qui ont concentré leurs efforts d’investissements d’abord dans les grandes villes, a émergé une nouvelle industrie de déploiement de réseaux de télécommunications dans des espaces plus faiblement peuplés, avec le soutien fort des collectivités (RIP).
A mi-parcours du Programme France Très Haut Débit, dans le cadre de leur rencontre annuelle en terre normande, les acteurs des RIP ont décidé de faire le point collectivement sur l’avancée du déploiement des RIP et de leur commercialisation.

Vers une régionalisation des RIP ? Portrait de la Normandie
Une première table-ronde dresse le portrait de la région Normandie, née fin 2015 de la réunion des régions Haute et Basse Normandie. Chaque département a son propre RIP, en service ou en projet, sans compter la Communauté de Communes Cœur Côte Fleurie, pionnière des réseaux 100% fibre. Le rapport de la Cour des Comptes recommande par ailleurs clairement de « régionaliser » les RIP pour augmenter leur efficacité et leur attractivité pour les grands opérateurs et les investisseurs privés.
La table-ronde, qui réunissait des élus et un représentant de Covage et le Président de la FIRIP, a montré l’ambition de la nouvelle Région de fibrer les territoires au plus vite. Un G6 (les 5 Départements et la Région) travaille pour mettre en cohérence toutes les politiques départementales afin d’assurer l’équité territoriale. Au-delà des questions de connexion, ce sont des enjeux d’attractivité des territoires et d’emplois qui sont portés, qui passent par la visibilité de la capacité d’innovation de ces derniers.
Les élus locaux ont par ailleurs insisté sur l’importance de l’obtention du statut de zone fibrée, pour lequel la Communauté de Communes Cœur Côte Fleurie candidate déjà depuis le printemps 2015. Il lui faudra patienter encore quelques mois, puisque le décret du gouvernement sera pris au plus tard le 7 avril, conformément aux dispositions de la Loi pour une république numérique, mais ce dernier ouvre un nouveau délai de 3 mois pour la production du cahier des charges auquel les candidats à l’obtention de ce statut devront répondre.

Les chiffres à la loupe des acteurs nationaux (Agence du Numérique, Arcep, FIRIP et opérateurs)
Alors que la Cour recommande de diminuer l’ambition du plan, il semblait important pour les acteurs de faire le point sur les chiffres des déploiements.
Antoine Darodes, Directeur de l’Agence du Numérique a rappelé la nécessité absolue de continuer à poursuivre la dynamique enclenchée tout en définissant les choix budgétaires et politiques des prochains mois, qui engageront notre pays après 2022. Concernant le statut de zone fibrée, il sera défini dans les prochaines semaines, mais il ne faut pas tout attendre de ce dernier, c’est la compétition entre les opérateurs qui les fait avancer…dont bénéficient les collectivités. Il s’est par ailleurs montré attaché à la préservation des équilibres entre zones d’initiative privée et zones d’initiative publique (zones AMII/zones RIP).
La FIRIP présente les chiffres de la 5è édition de son observatoire, construit sur la base d’une enquête IDATE auprès de chacune des entreprises du secteur membres de la FIRIP. Entre autres, on note que les emplois ont augmenté de 35 %, que le savoir-faire s’est tourné vers l’export, qu’une inquiétude semble réelle sur les déploiements en zone AMII et la véritable nécessité de la présence d’une offre fibre mutualisée activée accessible sur le marché entreprise. Si les perspectives en matière d’emploi et de chiffres d’affaires sont bonnes, les professionnels appellent de leurs vœux une augmentation de leur marge que la FIRIP juste actuellement très insuffisante.
La Caisse des dépôts et consignation, quant à elle, a investi dans 31 RIP 1G et 10 RIP 2G (228 M€ fonds propres). Aujourd’hui, les investisseurs sont confiants dans modèles économiques présentés dans les plans d’affaires des RIP pour des retours sur investissement très longs (15 ans et plus). A ce titre, de nombreux audits ont été réalisés pour rassurer les investisseurs privés et les banques avant signature. Cette confiance nouvelle des fonds privés ne semble pas pour autant avoir été appréciée suffisamment par la Cour des comptes dans son rapport, son enquête s’étant déroulée avant ce mouvement économique.
L’Arcep, par la voix de son directeur du fixe Guillaume Mellier, a décidé de publier des informations de plus en plus détaillées, notamment en distinguant les lignes privées et publiques. Ainsi, l’observatoire Haut et THD montre 7,7 millions de "lignes raccordables" avec plus de 2 millions d’abonnés, ce qui est supérieur à nos voisins européens, et 4,8 millions lignes avec au moins deux opérateurs présents au point de mutualisation. En zone RIP, il existe aujourd’hui 800 000 lignes, et les déploiements sont en route. Néanmoins, si seulement 20% de ces lignes ont un 2ème opérateur, les acteurs nationaux sont en discussion pour conclure des accords pour venir sur les RIP commercialiser des lignes.
Côté opérateurs, SFR, qui s’annonce premier client des RIP (en incluant les lignes ADSL des RIP 1G de SFR en intégration verticale), compte poursuivre sa politique commerciale avec une stratégie sur toutes les zones, et sollicite en particulier un rééquilibrage de la répartition dans les zones AMII.
Orange, qui se présente comme la « locomotive », démontre l’ampleur des déploiements réalisés ces dernières années et réaffirme sa volonté de poursuivre les déploiements FttH à un rythme soutenu.
Les deux autres opérateurs nationaux n’étaient pas présents à ces états généraux.
Lien vers l’observatoire de la FIRIP
Lien vers l’observatoire de l’Arcep

Zoom sur les nouveaux entrants : VITIS et TDF
Créé il y a six mois pour constituer un opérateur exclusif fibre sur les RIP, VITIS est piloté par trois actionnaires : deux industriels (un spécialiste de la technologie télévisuelle : Netgem , et un opérateur mobile et fibre TOM : Oceinde) et la Caisse des dépôts qui ont levé 10 millions d’euros, matérialisant un socle d’expertise et d’expérience. Ils revendiquent l’apport d’un changement significatif dans les territoires. Selon eux, la fibre, c’est du THD mais surtout de l’usage et du contenu (svod, jeunesse et cinéma et à la carte). Leur Offre est à 39,90€ par mois jusqu’à 1 Gbit/s, sans droit d’entrée. La réalisation de leur objectif de 10 % de pénétration dépend de qualité de l’ADSL actuelle dont disposent leurs potentiels clients.
Quant à TDF, son positionnement sur la fibre est nouveau, après un historique de monopole télévisuel, qui a ancré une culture forte de l’ouverture et de la neutralité. Le groupe a été retenu par le Val-d’Oise pour 85 000 lignes sur une concession de 25 ans. Il ambitionne de construire un million de lignes sous contrat d’ici 3 ans.

Les technologies de transition : des solutions alternatives transitoires ou pérennes ?
À l’heure de la verticalisation des services et de la virtualisation des réseaux à moyen terme, l’action des RIP est importante car une ambition de couverture à 100% du territoire est indispensable. Concernant les objets connectés, on ne peut pas tout connecter de la même façon, donc un mix technologique est nécessaire. Face au besoin de fréquences pour la 4G fixe, opportunité réelle des collectivités qui veulent mettre en place la technologie LTE fixe pour compenser l’arrivée tardive de la fibre ou son absence définitive, l’Arcep a lancé une consultation pour la réutilisation de certaines fréquences ( 3,5 et 2,6 MHz). L’objectif du régulateur est d’ouvrir l’accès à l’une des deux bandes de fréquences d’ici l’été.
L’offre satellitaire, quant à elle, semble séduire les foyers avec ADSL à faible débit et peut être une solution de secours en cas de panne internet terrestre. Nordnet annonce des prix divisés par 3 depuis 10 ans, et des débits multipliés par plus de 10.

Focus sur l’offre entreprise : le cas de Coriolis et Adista
Coriolis et Adista sont deux opérateurs parmi tous ceux qui se partagent les 10% de marché entreprise laissés par Orange et SFR. Ils s’accordent à demander à ce que l’Arcep impose une offre active sur la BLOM à Orange pour leur permettre de répliquer des offres THD pour les TPE/PME que seul en ce moment Orange peut offrir. Cela permet à l’opérateur de faire basculer ses clients cuivre, car les entreprises sont réticentes à changer d’opérateur (crainte de longue période de coupure de service).

Voir les présentations de la journée : http://egrip.fr/egrip-n6-les-presentations/
Voir le livre d’entretiens « anticiper » de Philippe AUGIER, maire de Deauville : http://egrip.fr/wp-content/uploads/2017/03/ANTICIPER.pdf
Retrouver la journée en vidéo : http://egrip.fr/galerie-videos/

Dans la continuité de la réflexion proposée aux participants des États généraux des RIP, , le groupe ANT a décidé de mettre à jour sa fiche "Le point sur" les projets de RIP THD. Ce 3ᵉ bilan, qui fait le point sur 76 projets couvrant 95 départements sera mis en ligne dans les prochains jours. Il porte sur les aspects techniques et organisationnels des dossiers et mesure l’impact des projets sur la couverture en THD du territoire national dans les cinq prochaines années.

 
 

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