La fin du réseau téléphonique classique : les enjeux

publié le 10 avril 2017

Pour la deuxième fois, Orange est venu présenter au GRACO son expérimentation d’arrêt du RTC (le Réseau Téléphonique Commuté, celui qui existait avant la téléphonie sur IP apportée par les Boxes ADSL) à Concarneau (Finistère) et dans quelques communes environnantes.

Ces communes sont desservies par 13 ou 14 NRA qui totalisent environ 30 000 lignes cuivre.

La problématique n’est pas sans rappeler celle soulevée par l’autre expérimentation, Palaiseau 100% fibre, qu’Orange mène depuis 2012 dans les Yvelines. Dans les deux cas disparaissent deux fonctionnalités : la télé-alimentation en 48V continu du terminal et le transport en mode circuit de signaux de modem.

En effet, le RTC apporte la commutation des signaux de modems pour transporter des informations numérisées (ex : télécopie, terminaux de paiement) et la télé-alimentation qui permet au terminal de fonctionner sans le recours au courant électrique 220V. C’est le cas de tous les postes téléphoniques filaires mais aussi de capteurs disséminés parfois dans la nature, de téléphones de secours dans les cabines d’ascenseur.

Le passage à la fibre supprime lui aussi ces deux fonctions : les problèmes à résoudre par les détenteurs de tels équipements sont donc les mêmes et sur la foi du dernier exposé d’Orange sur l’expérimentation de Palaiseau au GRACO, sont pour la plupart (sinon tous) résolus. Il serait donc somme toute très souhaitable que les équipes d’Orange partagent leurs retours d’expérience.

Orange a annoncé un délai de prévenance de 5 ans avec la fermeture d’un commutateur téléphonique. Aucune fermeture ne devrait donc intervenir avant 2022 puisqu’aucune n’a encore été annoncée.

Au niveau national, l’enjeu en nombre de lignes encore actives est important : 10 millions selon l’opérateur.

Mais de ces 10 millions, on peut retirer les 540 000 lignes qui sont en dégroupage partiel fin décembre 2016, situation dans laquelle un abonné ADSL a souhaité conserver en parallèle de sa box une ligne de téléphonie classique. Ils pourront sans difficulté abandonner le RTC pour la téléphonie sur IP.

Il y a aussi toutes les résidences secondaires pour lesquelles les abonnés, sans aucun doute équipés de téléphone mobile, verront peu d’inconvénient à ne plus pouvoir utiliser leur vieux poste téléphonique à cadran pendant leurs séjours. Quant aux télé-alarmes dans ces résidences, elles fonctionnent déjà souvent avec un abonnement mobile 2G. Sur le territoire visé par l’expérimentation, certaines communes présentent un taux de résidences secondaires particulièrement élevé (58% à Benodet), comme le montre la carte ci-contre, ce qui réduit d’autant le nombre de foyers non encore équipés en ADSL qui devront basculer vers la téléphonie sur IP.

Il reste un nombre inconnu de personnes, souvent âgées, que surfer sur l’internet n’a pas intéressées et qui ont conservé un téléphone classique. La tâche consistant à les accompagner dans la migration du RTC vers la téléphonie sur IP incombera aux associations et aux Conseils départementaux, qui sont chargés des missions de solidarité.

Cela dit, 5 ans de délai de prévenance semblent amplement suffisants pour réaliser sans dommage le changement d’équipement chez les abonnés concernés. D’autant que nombre d’abonnés disposent d’un téléphone sans fil, qui n’est déjà plus télé-alimenté. Une prise électrique doit donc déjà exister à proximité de l’endroit où arrive la ligne téléphonique pour installer une mini-box dédiée à la téléphonie sur IP.

Il reste la question du coût : dans le cadre du service universel du téléphone, il semble a priori raisonnable d’imaginer que le coût sera supporté par l’opérateur en charge de cette mission.

Tant qu’à changer le téléphone historique pour un téléphone sur IP, dans la perspective de l’extinction du cuivre, il serait peut-être pertinent de basculer l’abonné sur la fibre et lui proposer un terminal ad hoc pour qu’il puisse continuer à utiliser le service de téléphonie.

En conclusion, rien ne presse et il n’est pas utile que les collectivités lancent dès aujourd’hui de coûteuses études sur les conséquences de l’arrêt du RTC dans les territoires.

En savoir plus sur le site de l’Arcep : http://www.telecom-infoconso.fr/arret-du-rtc-et-transition-vers-les-reseaux-telephoniques-de-nouvelle-generation/